Augustin Ndjabu
26 Mar
26Mar

Une analyse réalisée par le Cadre de Concertation sur les Ressources Naturelles (CdC/RN) met en lumière une vive contestation des communautés établies le long du lac Albert et de la rivière Semliki face aux initiatives pétrolières transfrontalières conduites par l’Ouganda. Parmi les 1 141 personnes consultées, six sur dix expriment de fortes préoccupations liées aux risques de contamination des eaux, à la dégradation de la biodiversité et à l’impact sur leurs activités économiques.

Les projets Tilenga, Kingfisher ainsi que le pipeline EACOP sont développés à proximité de la frontière congolaise, sans mécanisme de concertation entre les deux pays ni étude environnementale commune. Pour le CdC/RN, cette situation expose la République démocratique du Congo à des conséquences graves sur les plans écologique, sanitaire et socio-économique, en contradiction avec ses engagements internationaux en matière de climat.

Selon Dieudonné Kasonia, secrétaire permanent du CdC/RN, plus de 50 000 pêcheurs dépendent directement du lac Albert. Ce système aquatique, connecté au bassin du Nil et au lac Édouard, constitue une zone écologique stratégique autour du Parc national des Virunga. La rivière Semliki, quant à elle, alimente le Nil blanc et joue un rôle déterminant dans l’équilibre environnemental régional.

Les populations locales dénoncent également le manque de réaction des autorités congolaises face à ces développements. L’absence de dialogue transfrontalier et de garanties environnementales est perçue comme une entorse aux principes du droit international, notamment ceux relatifs à la prévention des risques, à la Convention d’Espoo et à la Charte de la Communauté d’Afrique de l’Est.

En réponse, les communautés affectées ont décidé de porter l’affaire devant la Cour de Justice de l’Afrique de l’Est (EACJ). Le CdC/RN appelle par ailleurs l’État congolais à appuyer cette démarche à travers une offensive diplomatique visant à protéger les populations et les écosystèmes.

Parmi les recommandations formulées figurent la réalisation d’un audit environnemental et halieutique, l’exigence d’une évaluation stratégique conjointe avec l’Ouganda, l’implication effective des communautés dans les processus décisionnels, la création d’un mécanisme permanent de dialogue bilatéral et l’instauration d’un fonds d’indemnisation pour les victimes potentielles.

Ces actions devraient également être portées au sein des organisations régionales et continentales telles que la Communauté d’Afrique de l’Est, la CIRGL et l’Union africaine, afin de garantir une gestion responsable des ressources naturelles et le respect des droits des populations locales.

Le CdC/RN rappelle enfin son engagement en faveur de la défense des communautés, notamment les pêcheurs, les femmes et les jeunes. De son côté, la coalition Notre Terre Sans Pétrole poursuit son plaidoyer contre l’expansion des projets pétroliers et gaziers, au nom de la préservation de l’environnement et des moyens de subsistance locaux.

Commentaires
* L'e-mail ne sera pas publié sur le site web.