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Diallo Joseph
3 min lu
11 Oct
11Oct

L'ambiance était inhabituelle samedi 10 octobre à Musimba, à la lisière entre Butembo et le territoire de Lubero. Sous les auspices du centre d'accompagnement psychosocial Cap Salama, des dizaines de malades mentaux, accompagnés de leurs gardes-malades et soignants, ont défilé dans les rues pour marquer la Journée internationale de la santé mentale.

Après le défilé, une messe d'action de grâce a été célébrée dans l'enceinte du centre. Les patients en ont profité pour chanter et danser, comme pour se libérer de leurs traumatismes.

Dans son homélie, le prêtre célébrant a interpellé la jeunesse, l'appelant à tourner le dos à la drogue. Un message soutenu par le chef de la localité de Musimba, qui estime que le moment est venu pour la communauté de s'impliquer dans la lutte contre ce fléau silencieux.

Au Nord-Kivu, la santé mentale reste le parent pauvre du système sanitaire. Dans un contexte marqué par plus de trois décennies de conflits armés, de déplacements massifs et de précarité, les cas explosent. Pourtant, il n'existe que très peu de structures spécialisées. La plupart des familles, faute de moyens et par manque d'information, cachent leurs malades ou recourent aux pratiques traditionnelles.

C'est pour répondre à ce vide que Cap Salama a été créé en 2020. Sans aucun financement extérieur, le centre affirme avoir déjà pris en charge plus de 6 000 patients. Son fondateur, le neuropsychologue Kambale Tamuwite Jérôme, alias Tamos, lance aujourd'hui un cri d'alarme.

"Suite à la guerre, de nombreux jeunes recourent à la drogue comme solution au traumatisme, or la solution est ailleurs. Le gouvernement congolais et ses partenaires doivent nous aider en exonérant nos structures. Il est difficile de faire payer les frais de soins à un orphelin de guerre", a-t-il plaidé.

Selon lui, la flambée observée dans la région de Beni-Butembo-Lubero est multifactorielle : conflits conjugaux, violences liées aux groupes armés, deuil non surmonté, chômage et consommation accrue de drogues et d'alcool frelaté. Des facteurs qui fragilisent une jeunesse déjà traumatisée.

Il appelle ainsi le gouvernement congolais à subventionner les soins en santé mentale, à intégrer ce volet dans les soins de santé primaires et à soutenir les initiatives communautaires comme Cap Salama, qui restent le dernier recours pour des milliers de familles.

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