Zephani NGAHANGONDI
11 Apr
11Apr

Les opérations militaires conjointes « SUJA », menées par les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et l’armée ougandaise (UPDF), continuent de susciter un débat intense au sein de l’opinion publique et des acteurs sociopolitiques en Ituri et au Nord-Kivu. Initiées pour traquer les rebelles des Forces démocratiques alliées (ADF), ces opérations sont aujourd’hui au centre d’analyses critiques sur leur efficacité et leur impact.

Dans une tribune transmise à la presse, Christophe Munyanderu, activiste et défenseur des droits humains basé dans le territoire d’Irumu, estime que les résultats des opérations SUJA restent mitigés malgré certains acquis sur le terrain.

Une responsabilité partagée

Selon cet acteur de la société civile, l’absence de solution durable face à la menace ADF engage à la fois les FARDC et l’UPDF. Il rappelle que l’intervention de l’armée ougandaise s’inscrit dans un cadre d’appui, à la demande des autorités congolaises, et non de substitution.

"La RDC est un État souverain et les FARDC ont l’obligation première de défendre l’intégrité territoriale et de protéger les populations civiles", souligne-t-il, tout en reconnaissant que des défis structurels, notamment le manque d’effectifs, ont motivé le recours à l’appui ougandais sous l’impulsion du président Félix Tshisekedi.

Le débat sur le retrait de l’UPDF

La présence prolongée des troupes ougandaises alimente des appels croissants à leur retrait. Certains acteurs politiques et sociaux estiment que l’UPDF n’a pas réussi à éradiquer la menace ADF, malgré des avancées militaires ponctuelles.

Toutefois, Christophe Munyanderu met en garde contre une lecture simpliste de la situation. Il s’interroge notamment sur la coordination des opérations et la répartition des responsabilités sur les lignes de front.

"Si les UPDF agissent seules, leur stratégie de repousser les ADF loin de leurs frontières peut se comprendre. Mais si les opérations sont réellement conjointes, alors la responsabilité des résultats incombe aux deux armées", analyse-t-il.

Risques sécuritaires en cas de retrait

L’activiste soulève également la question des conséquences d’un éventuel retrait des troupes ougandaises. Il estime que si les problèmes d’effectifs et d’organisation au sein des FARDC ne sont pas résolus, un départ précipité pourrait favoriser un retour des ADF dans leurs anciens bastions.

Il appelle ainsi les autorités congolaises à rassurer la population sur leur capacité à sécuriser durablement les zones reconquises.

Entre discours publics et propagande rebelle

Autre point de préoccupation soulevé : la convergence de certains discours publics avec les messages attribués aux ADF. Selon des témoignages d’anciens otages, les rebelles conditionneraient la fin des violences au départ des forces ougandaises.

Pour Christophe Munyanderu, la reprise de ces arguments dans le débat public pose question et mérite une réflexion approfondie sur les risques de manipulation ou d’instrumentalisation.

Plaidoyer pour une réévaluation stratégique

Face à ces défis, l’activiste plaide pour une évaluation approfondie des opérations SUJA, impliquant les autorités congolaises et ougandaises ainsi que des représentants de la société civile et des acteurs politiques.

Il recommande notamment :

  • une révision des stratégies militaires,
  • une meilleure coordination des opérations,
  • et l’adoption de moyens technologiques modernes pour localiser et neutraliser les groupes armés.

Il cite en exemple les premières phases des opérations SUJA, qui avaient permis de reprendre certaines zones occupées par les ADF, notamment dans les régions de Beni et Tchabi.

Vers une solution durable ?

Pour Christophe Munyanderu, l’objectif final doit rester la neutralisation complète des ADF. Le retrait des forces ougandaises ne devrait intervenir qu’après l’atteinte de cet objectif et la consolidation des capacités des FARDC.

"Une solution durable passe par une stratégie claire, une évaluation honnête et une action coordonnée", conclut-il.

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