La progression des combattants des Forces démocratiques alliées (ADF) dans les profondeurs forestières du territoire de Mambasa, en province de l’Ituri, suscite de vives inquiétudes quant à une possible extension de l’insécurité vers les provinces voisines de la Tshopo et du Haut-Uele. Ces deux entités, situées à proximité immédiate de cette vaste zone forestière, apparaissent désormais exposées à la menace.
Selon des sources locales et des acteurs de la société civile, les ADF, responsables de plusieurs attaques meurtrières dans différentes chefferies de Mambasa, poursuivent leur progression vers des zones stratégiques, notamment en direction de Kisangani. L’attaque récente du village de Babesua illustre cette dynamique inquiétante.
Au-delà des populations civiles, particulièrement vulnérables, la Réserve de faune à okapis est également menacée. Des observateurs redoutent que ces groupes armés s’en prennent à cet écosystème classé patrimoine mondial, mettant en péril la biodiversité, notamment les okapis, espèce emblématique de la région.
Face à cette situation, des appels pressants sont lancés au gouvernement congolais pour renforcer les moyens militaires engagés dans la traque des ADF. La densité et l’immensité de la forêt de Mambasa rappellent, selon plusieurs analystes, le scénario vécu dans la région de Beni, notamment dans la zone de Mwalika, ancien bastion de ces rebelles, où de nombreux civils et militaires avaient perdu la vie.
Malgré le lancement des opérations conjointes « Shujaa » entre les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et l’armée ougandaise, les résultats restent jugés insuffisants par certains acteurs locaux. Ces opérations, censées neutraliser les ADF, semblent avoir atteint leurs limites, permettant à ces derniers d’élargir leur zone d’action.
« L’ennemi progresse et étend son rayon d’action. Il devient urgent que les autorités provinciales de la Tshopo et du Haut-Uele anticipent cette menace en plaidant pour un renforcement significatif des effectifs militaires et des équipements adaptés », alerte Christophe Munyanderu, chef d’antenne de l’APDEF (Association pour la promotion des droits des enfants et la protection des femmes vulnérables) dans le territoire d’Irumu.
Ce dernier insiste également sur les défis opérationnels auxquels font face les FARDC, notamment le manque d’équipements adaptés pour mener des opérations efficaces en milieu forestier dense, où l’identification des cibles reste complexe.
Dans ce contexte, la stratégie défensive ne semble pas suffisante pour contenir la menace. Les acteurs de la société civile plaident pour des actions offensives coordonnées afin de prévenir une aggravation de la crise sécuritaire dans cette partie du pays.
Enfin, un appel à la vigilance est lancé aux populations civiles des zones à risque, notamment dans les territoires de Beni, Irumu et Mambasa, durement touchés par les violences. Il leur est recommandé de se déplacer vers des zones plus sécurisées afin de limiter les pertes humaines, déjà lourdes avec de nombreux morts et disparus enregistrés ces dernières années.